Kinésithérapie & triathlon

Medical Athletics

Le suivi du triathlète en kinésithérapie

Véronique Strepenne - kinésithérapeute - 1200 Bruxelles

 

Le triathlon est un sport qui attire de plus en plus de participants. Considéré comme le plus jeune des sports d’endurance, il estdiscipline olympique depuis 2000 (J.O. de Sidney). Qu’il soit pratiqué en tant qu’amateur ou élite, sur courte ou longue 

distance, il peut être source de  blessures typiques, amenant le triathlète à consulter un kinésithérapeute. 

 

Quelles sont les blessures typiques liées à la pratique du triathlon, comment les prévenir, quel est le rôle du kinésithérapeute dans le suivi du triathlète?   

 

A ce jour, il existe peu d'études épidémiologiques et, principalement pour des raisons financières et de complexité 

organisationnelle, la plupart sont rétrospectives. Néanmoins, il ressort des études existantes quelques paramètres intéressants qui peuvent aider à établir un  système de prévention.

 

Les blessures les plus fréquentes sont dues au volume d'entraînement, qui est en moyenne de 10 à 15h/semaine chez les 

amateurs voire 20h chez les triathlètes préparant un Iron man, et de 25 à 30h/semaine chez les élites. Selon une étude 

australienne​[1]​ qui concerne les amateurs, le volume horaire idéal, c'est à dire celui qui correspond au moins de blessures rapportées par les  triathlètes serait de 8 à 10h/semaine. Le risque de blessures serait accru chez ceux qui  s'entraînent moins, probablement par manque de condition ou d'habitude de pratique sportive.  Ce risque augmente également chez ceux qui s'entraînent au delà du volume idéal préconisé, en raison de la surcharge

d'entraînement, mais aussi pour d'autres raisons, notamment techniques, qui sont détaillés ci­-après. 

 

La majorité des blessures rapportées concernent les membres inférieurs, avec une exception  pour l'épaule (tendinite du sus­épineux). Cela concerne principalement le genou (tendinite rotulienne, quadricipitale ou du tenseur du fascia lata, syndrome

fémoro­patellaire), la jambe  (périostite tibiale, tendinite d'Achille), et le pied (tendinite du jambier postérieur, du fléchisseur  commun ou du fléchisseur propre du 1er, fasciite plantaire), sans oublier les fractures de stress.  Ces blessures sont consécutives à la course à pied, puis au cyclisme, et enfin à la natation.   

 

Les blessures liées à la natation   

 

Elles concernent surtout l'épaule, et plus principalement le sus-épineux. Ce tendon est peu vascularisé et sa situation 

anatomique le fragilise en cas de mauvaise ou de sur­utilisation. 

C'est lors de la phase de retour du bras en dehors de l'eau, en adduction et rotation externe,  que le sus-­épineux

souffre, d'autant plus si l’extension et/ou la rotation du tronc est insuffisante.  Les triathlètes ayant une attitude posturale plutôt en cyphose, avec enroulement des épaules, seraient plus exposés à cette

tendinite. 

 

Les blessures liées au cyclisme   

 

Le genou et la région lombaire sont les deux régions anatomiques qui souffrent le plus en cyclisme. Adopter une bonne

position sur le vélo est capital. Une selle trop basse peut  engendrer un syndrome fémoro­patellaire, une selle trop 

haute entraîne une perte de  puissance. 

L'utilisation trop fréquente ou à mauvais escient de grands plateaux peut engendrer un  syndrome fémoro­patellaire,

par augmentation de la pression de la rotule sur le fémur. Le risque  est également de développer une tendinite 

rotulienne, quadricipitale ou de la bandelette  ilio­tibiale (syndrome de l'essuie glace).   

 

Le tendon d'Achille peut également souffrir si la position des clips sur les pédales n'est pas  correcte. La position typique 

sur vélo de triathlon est très aérodynamique, mais elle induit une  flexion plus importante de la colonne vertébrale, 

avec pour conséquence une augmentation de  la pression intra discale au niveau lombaire, et une augmentation 

de la "cassure" au niveau de  la charnière cervico­dorsale, le triathlète devant maintenir son regard vers l'avant. 

Il en résulte  de fréquentes lombalgies, et des tensions importantes au niveau des muscles extenseurs de la  colonne cervicale et des trapèzes.   

 

Pour toutes ces raisons, il semble indispensable de réaliser une analyse posturale à vélo  auprès d'un professionnel compétent.   

Les blessures liées à la course à pied   

 

Parmi les trois disciplines du triathlon, la course à pied est très clairement la plus traumatisante.  C'est celle qui est 

à l'origine de la majorité des blessures (de 58 à 72% selon les études),  probablement parce que c’est un sport en charge,

avec un impact important lors de la pose du  pied au sol (de 2 à 4 fois le poids du corps) qui se répercute dans tout le 

membre inférieur  jusqu’à la région lombaire.

 

Il est à noter qu’en ce qui concerne les triathlons de courte distance, le nombre de blessures  liées à la course à pied

n'est pas supérieur au nombre de blessures liées à la course à pied  pratiquée seule​ [5]​. Les blessures les plus fréquentes

sont la contracture ou même la déchirure  musculaire du triceps, la périostite tibiale, la tendinite d’Achille, 

la fasciite plantaire, ou bien  encore les fractures de stress (tibia, péroné, calcanéum, os naviculaire, métatarsiens, col  fémoral ou branche ischio­pubienne).

 

Les facteurs favorisant sont d’ordre anatomiques tels que les troubles d’appui (pied  pronateur,...), la course sur surface

dure ou avec des chaussures non adaptées, un volume  d'entraînement trop important ou trop intensif (“​trop dur trop tôt”), ​ ou le non respect de périodes  de récupération entre les entraînements.   

 

Les transitions 

 

La transition vélo/course à pied est plus difficile à gérer que la transition natation/vélo.

 

Il faut: - ­ passer d’un sport en décharge à un sport en charge,   ­

- parvenir le plus rapidement possible à dissiper les forces de pression accumulées 

pendant l’épreuve de cyclisme via les membres inférieurs, faute de quoi il s’installe une 

souffrance au niveau lombaire et du genou, 

- ­ retrouver une bonne élasticité musculaire, une bonne souplesse de mouvements, et un bon rythme.  

 

Les élites gèrent cette phase beaucoup mieux que les amateurs car ils ressentent moins la fatigue musculaire et la dépense 

d’énergie.   

 

La prévention   

 

Que peut faire le triathlète pour prévenir les blessures?

 

- ­ L’aide d’un coach semble indispensable. Il peut corriger les erreurs techniques tant en natation 

qu’en cyclisme et en course à pied, et établir un programme d'entraînement  bien équilibré et adapté.  ­

- Faire une analyse posturale à vélo, et éventuellement une analyse de course à pied.

- ­ Respecter les règles “d’hygiène sportive”. Faire du stretching de façon rigoureuse et  régulière,

 respecter des périodes de récupération, bien s’hydrater et manger sainement,  avoir du matériel de bonne qualité,

  et changer de chaussures très régulièrement (tous  les 600 à 1000 km en fonction des marques et du type 

de chaussures).   

 

Quel est le rôle du kinésithérapeute sportif?   

 

S’il est évident qu’un kiné est indispensable pour un élite, il s'avère très utile pour un triathlète  amateur, vu la charge 

d'entraînements.   ­

 

- Le massage permet une meilleure récupération musculaire. A titre préventif, il est  appliqué principalement 

aux membres inférieurs (quadriceps, ischios, triceps sural, tenseur du fascia lata), à la région lombaire 

et moyens fessiers, et cervico­dorsale.  ­

- Les petits points de contracture sont recherchés grâce à la technique des Trigger points, au niveau des membres

 inférieurs mais aussi au niveau de la coiffe des rotateurs pour, entre autre, garder une bonne amplitude 

de mouvement de l’épaule.   ­

- Si nécessaire, un tape élastique ou non élastique peut être posé  pour soulager une  articulation ou un muscle.  ­

- Enfin le triathlète est conseillé pour les exercices de renforcement ou de stretching qu’il doit pratiquer régulièrement. 

 

Le suivi en kinésithérapie permet de limiter considérablement le risque de blessures, et de les  soigner au plus vite quand 

malgré tout elles surviennent. Car même si le triathlète a bien suivi toutes les règles de prévention, le corps humain a ses

limites. En cas de blessure, et suivant avis médical, le kiné pourra utiliser différentes techniques de traitement comme le

Massage Transverse Profond, le crochetage, les ondes de choc.   

 

Références   

 

1. T Shaw, P Howat, M Trainor, B Maycock. Training Patterns and sports injuries in triathletes. ​J Sci Med Sport 2004. 

2. S. Migliorini. Risk Factors and injury mechanism in Triathlon. ​Journal of human Sport and exercise. 

3. Veronica Vleck, Gregoire P Millet, Francisco Bessone Alves. Triathlon Injury­ An update. ​Schweizerische Zeitschrift fur  Sportmedizin und Sporttraumatologie, 2013. 

4. Cameron McR. Gosling, Belinda J. Gabbe, Andrew B. Forbes. Triathlon related musculoskeletal injuries : The status of  injury prevention knowledge. ​Journal of science and medicine in Sport. 

5. A Mc Hardy, H Pollard, M Fernandez. Triathlon injuries : A review of the literature and discussion of potential injury  mechanisms.​ Clinical Chiropratic 2006.  

6. Veronica Vleck, Gregoire P Millet, Francisco Bessone Alves. The impact of triathlon and racing on athletes’ general  health.​ Sports Med. 

 

 

 

 

 

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